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Mercredi 11 novembre 2009
Le coing, ce fruit jaune et lourd, au parfum capiteux, serait originaire des régions caucasiennes, où il est cultivé depuis des temps reculés. Introduite en Crête, le coing tire son nom latin, cydonia,  d'une ville de l'île grecque, Cydon ; on la surnommait poire de Cydonie ou encore pomme d'or, celle des Hespérides bien sûr... Celle de Pâris et de la Belle Hélène, celle de la dernière épreuve d'Héraclès, le demi-dieu... Tout un symbole !


Les Grecs anciens et les Romains en raffolaient, faisant confire dans du miel ces fruits coupés en tranche, le meli mela* (mot à mot, pomme au miel). Le coing était un symbole d'amour, de bonheur et de volupté. Les promises se voyaient offrir des coings la veille de leur mariage, promesse de la douceur de leurs baisers et de la tendresse de leurs caresse...

Le meli mela est l'ancêtre du cotignac et de la pâte de coing, dont on trouve plus tard la recette dans le Ménagier de Paris. L'Espagne est également friande de ce dulce de membrillo popularisé par Cervantes dans son Don Quichotte, une gourmandise toujours aussi appréciée aujourd'hui côté ibérique, où on la déguste avec le fromage de brebis...
Rabelais évoquait également les délices du "coudoignac", ou "codignac", préparation de coings confits avec du miel et dont le nom viendrait du mot provençal coudougnat (dans la langue de Frédéric Mistral, le coing se dit coudoun).

Provenant du village éponyme, le cotignac serait l'invention d'un pâtissier de ce village varois venu s'installer dans la ville d'Orléans. Il s'agit d'une gelée de fruits (ou pâte de coing un peu molle) coulée dans des boîtes en bois d'épicéa qui lui confère une saveur typée. La recette du Parfait Confiturier édité au XVIIème siècle utilise de la pulpe de coing et des épices : cannelle, macis, clous de girofle... On trouve également de vieille recette à base de vin, et bien tendu le miel, base du cotignac de l'époque. Aujourd'hui, on emploit le jus du fruit et le sucre a remplacé le miel.
Ce fut la confiserie favorite de François 1er et elle eut toujours le succès d'une friandise de luxe à la Cour des Rois de France.


*Vous pouvez retrouver la recette du meli mela ici.

Par Tiuscha
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Jeudi 22 octobre 2009
Selon l'Encyclopédie Larousse de 1867, le pot-au-feu est "la base de notre cuisine, c'est par lui que notre cuisine nationale se distingue de toutes les autres" (les anglais en ont un mais cuisiné à base de viandes salées, dixit) ! Il fournit en effet à la fois un potage (le bouillon), de la viande bouillie (généralement du bœuf) et des légumes.

En comparaison de la viande rôtie de l'homme préhistorique, les Grecs anciens considèrent la viande bouillie comme une novation salutaire, une progression sur l'échelle humaine vers la civilisation ! L'apparition de pot au feu sommaire daterait du néolithique et se développe sous l'empire romain.
Anthime, médecin de l’époque mérovingienne,  propose une recette à mi-chemin entre le pot-au-feu et le bœuf "mode".

Du récipient de ménage contenant liquides et aliments à la marmite dans laquelle on fait bouillir la viande, le "pot" évolue durant le moyen-Age. La dénomination "viande en pot", qualifie dès la fin du XIIIème siècle, un aliment bouilli avec de l'eau en opposition à un aliment rôti. Le terme "pot-au-feu" renvoie donc évidemment, comme souvent au nom du récipient : le "pot à feu".

Plat populaire par excellence, il symbolise le repas unique du pauvre (comme pour la poule au pot, il offre la viande, les légumes et le potage !). Ce n'est à partir du XVIIIème siècle que le pot-au-feu devient un plat majeur de la cuisine bourgeoise.
Sa réputation franchit les frontières comme en témoigne
Goethe, alors membre de l'état-major du duc de Weimar : "Pour la première fois je pus observer là exactement le pot-au-feu national. Une grande marmite de fer était suspendue à un crochet, qu'on pouvait élever et abaisser au moyen d'une crémaillère ; dans la marmite se trouvait déjà une bonne pièce de bœuf avec l'eau et le sel, On y ajouta des carottes, des navets, des poireaux, des choux et d'autres légumes. (…) On mit la table, on posa dessus une grande écuelle de terre, dans laquelle on jeta du pain blanc coupé en petites tranches; le bouillon chaud fut versé dessus, et l'on nous souhaita un bon appétit. Les jeunes garçons qui dédaignaient mon pain de munition auraient pu m'adresser à ce modèle "de bon pain et de bonne soupe". Après quoi, on nous servit la viande et les légumes, qui s'étaient trouvés cuits en même temps."

Brillat-Savarin, gourmet et scientifique de l’art culinaire, consacre un chapitre complet au pot-au-feu et au "bouilli" (la viande est alors ainsi dénommée), dans sa Physiologie du Goût. (à suivre dans un prochain billet "scientifique"...)

Vers 1765, naissent les "bouillons" (aussi dits "bouillons-restaurants"), petits bistrots populaires  créés pour une clientèle ouvrière, dont le dernier exemplaire est le bouillon Chartier (rue du Faubourg-Montmartre à Paris). On y proposait des consommés à base de viande et des bouillis !


Aujourd’hui, les grands chefs, notamment Guy Savoy, revisitent le pot-au-feu en déclinant cette recette en fonction des saisons mais aussi des produits du marché : pot-au-feu de canard, de gigot, de volaille, de fois gras, etc, en utilisant parfois des produits nobles qui éloignent le pot-au-feu de sa condition première de nourriture populaire. On s’éloigne alors certes de la recette originelle mais pour proposer de savoureuses versions.

NB c'est un peu dans cett optique que j'ai cuisiné ce pot au feu de chevreuil aux légumes racines d'automne...
Par Tiuscha
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Mercredi 8 juillet 2009

Selon la légende, l’olivier aurait vu sa création lors d’un combat divin entre Poséidon et Athéna, Zeus arbitrant quel serait de ces dieux le plus beau cadeau offert à l’humanité ; Athéna l’aurait emporté en offrant l’olivier sur la terre qui porterait son nom en remerciement : Athènes naquit ainsi en même temps que l’arbre précieux.

La réalité n’est pas si éloignée et l’olivier existe depuis plus de 15 000 ans, des éléments fossiles ayant notamment été retrouvés en Provence, mais c’est surtout vers 12 000 avant J.C. que les Perses s’employèrent à sa culture. La maîtrise des techniques d'extraction de l'huile est attribuée aux Crétois, en 2 500 av. J.C. (même si les Egyptiens exploitèrent ses propriétés pour les soins du corps et les rituels funéraires plus de 3 000 ans auparavant…) ; la Grèce utilise alors quotidiennement cette ressource précieuse pour l'éclairage, l'alimentation, les soins d’hygiène et de santé.

 

A la faveur de l’expansion de l’empire grec puis de l’empire romain, l’oléiculture gagne tout le bassin méditerranéen. Les Romains améliorent les procédés d’extraction, de stockage et de transport, ce qui profite à l’essor de l’huile d’olive. On date entre 600 et 800 après J.C. l’oléiculture française et italienne.

Entre périodes de croissance et de repli, l’oléiculture se déploie vers l’Afrique et l’Asie, en gagnant également le continent américain lors des grandes découvertes maritimes… Le XVIème siècle marque l’explosion du commerce de l’huile d’olive, notamment celle de Venise, Crète et Corfou, puis la ville phocéenne devient à son tour une place majeure du marché de l’huile d’olive, avec une production exponentielle dans toute la zone méridionale.

L’huile d’olive connaît son apogée en France au XIXème siècle : en 1840, on dénombre 26 millions d’arbres sur le territoire national et 168 000 hectares cultivés !

 

Au lendemain du gel historique de 1956, et après les vicissitudes de la maladie et de la concurrence accrue du début du XXème siècle, il ‘en restait plus que 3 millions sur 20 000 hectares ! L’oléiculture française ne s’est remise qu’avec difficulté de ce terrible avatar. Au prix d’effort sur la qualité et d’une politique d’appellation d’origine (et en assumant des coûts de production plus élevés que chez ses voisins, principalement à cause des volumes très faibles et d'un coût de main d'oeuvre plus élevé !), l’huile d’olive nationale offre aujourd’hui 0,2% de la production mondiale ! Une goutte d’or vert dans un océan surtout méditerranéen…

 


Par Tiuscha
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Lundi 20 avril 2009
L’origine de ce légume est très certainement méditerranéenne ; les Egyptiens et les Grecs le consommaient à l’état sauvage (l’étymologie en est le mot grec « asparagos »). Les Romains furent les premiers à cultiver l’asperge, mais elle était réservée aux riches gastronomes. Après une longue période d’oubli, l’asperge réapparaît à la Renaissance où elle est toujours considérée comme un produit de luxe. François 1er et, plus tard, Louis XIV en furent particulièrement friands et à la demande de ce dernier, le jardinier-agronome La Quintinie élabora une technique de culture sous abri permettant des récoltes toute l’année. En forçant ainsi leur production et en les "réchauffant" artificiellement, il offrait des asperges à son souverain en plein mois de décembre !

La culture de l’asperge se développa par la suite en région parisienne, dans la région d'Argenteuil, puis dans le Val de Loire. En 1870, lors du siège de Paris, un certain Charles Depezay s’enfuit en ballon avec des griffes d’asperges. Son atterrissage en Sologne permit l’implantation de ce légume qui se popularise surtout au début du XXème siècle. Depuis, il a gagné l'Aquitaine et les Landes d'une part et la Provence d'autre part, principales zones de production, devant le Val de Loire et la région Centre.



 

 

Par Tiuscha
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Vendredi 30 mai 2008

Noire,  « tannée » par le soleil et grillée par la main de l’homme, la fève du café a parcouru un long voyage dans l’espace et le temps avant de parvenir jusqu’à nous…

 

Des chèvres surcaféinées !

Selon la légende, un berger arabe ou yéménite aurait noté l’excitation et la vivacité extrême de ses chèvres grignoteuses de baies rouges. Les goûtant, il se serait senti plus vif lui-même. De bouche à oreille, les moines d’un village voisin utilisèrent ces baies rouges afin de rester éveillés durant la prière. Toujours selon la légende, ces moines découvrirent qu’en faisant griller ces baies, ces dernières conservaient leurs vertus stimulantes tout en développant une saveur plus agréable.

Cette légende situe la découverte du café par l’homme selon les sources en 300 ou 800  après Jésus Christ, en Ethiopie ou au Yémen. Les premiers textes évoquant le café feraient remonter leur existence à l’an 900-1000 mais son existence est très certainement bien antérieure !

 

Petit voyage dans le temps… Première étape moyen-orientale

Le caféier est un arbuste originaire de la « Corne de l’Afrique », des hauts plateaux de l’Ethiopie au Yémen, où il pousse à l’état sauvage à la faveur du climat tropical. Les premières plantations, yéménites, se développent en Arabie et en Egypte. Le café gagne ses lettres de noblesse dans le monde musulman et remplace le vin, boisson trop subversive. Il y gagne le nom de « kahwa » qui, en arabe, évoque tantôt un vin doux dans la poésie ancienne, tantôt l’amour divin, chez les mystiques. Le sens aurait progressivement glissé vers le café vers le XIIIème siècle, après l’interdiction du vin par l’Islam.

C’est surtout au XVème que le café se popularise à travers le monde musulman, du Caire à Constantinople et à Istanbul, à travers les « maisons de café », des établissements qui s’ouvrent dans divers grands ports et villes du Moyen-Orient, dans la première moitié du  XVI siècle. La Turquie devient la nouvelle « Mecque » du café, le terme kahwa devient kahvé qui se modifiera ensuite en caffè en italien (à partir de 1615, date à laquelle le café se fait connaître pour la première fois en Italie, à Venise) puis en café, en français.

 

Et vogue le café... Escales européennes !

Dès l’arrivée du café en Italie en début du XVIème siècle, l’Eglise voit dans cette boisson à la robe noire, à la saveur puissante et amère, aux vertus énergisantes, la marque du Démon ! Mais l’Inquisition ne réussit pas à éliminer ni le produit, ni les « chancres sociaux » que sont à ses yeux les maisons de café ! Jusqu'au XVIIe siècle, il n'est en Italie qu'une curiosité réservée à l'entourage des quelques voyageurs qui en rapportent d’Orient. On en trouve aussi comme médicament chez les apothicaires. 

En 1644, un navire d'Alexandrie débarque sa marchandise à Marseille où s'ouvre, 10 ans plus tard, le premier café public, puis un autre et il faut attendre 1672 pour l’inauguration du premier café parisien. Bien avant la création en 1702 par Francesco Procopio  Cutô, du fameux Procope, premier café littéraire à la française…. Vers 1669, l'ambassadeur de l'empire ottoman à Paris, Soliman Aga, vante les mérites de la boisson auprès de la haute société parisienne, en se livrant à des mises en scène que singera par Molière dans son Bourgeois Gentilhomme !

En 1683, Les Turcs assiègent Vienne mais sont mis en déroute à la faveur de l’intervention d’un Polonais qui fournit toutes les informations nécessaires à la victoire des Autrichiens. En remerciement, Franz Goerg Kolschitzky acquiert la nationalité autrichienne et 500 sacs de café. Il crée un café mais le succès se fait attendre : les viennois n’apprécient pas le café à la turque. Il a alors l’idée de filtrer le café et d’y ajouter de la crème fouetté : le café viennois est né !

Très vite, les européens s’entichent du café, après le thé et le chocolat. Ce sont les grands transporteurs maritimes européens, comme la East India Company et la Compagnie Hollandaise des Indes orientales, qui amorceront le véritable commerce du café en Europe.

Au début du XVIIIème siècle, les Hollandais, suivis de près par les Français et les Espagnols exploitent des plantations de caféiers dans leurs colonies respectives ; de l’Afrique, le café s’installe en Indonésie, Amérique du Sud et dans les Antilles.

Il s’échange vite en bourse et devient l’une des plus importantes cotations sur les marchés mondiaux.


Buveurs célèbres de café

Parmi les hommes d’état buveurs de café, on raconte que Napoléon 1er disposait de 7 cafetières en permanence sur le feu et qu’il se dopait littéralement à cette boisson « énergisante » ! Pendant la campagne d'Égypte notamment, il consommait beaucoup de cette boisson autochtone… Louis XV fut incontestablement sous le charme de la noire boisson et fit planter des caféiers sous serre à Versailles.

Talleyrand vanta les vertus du café qui « libère l’estomac, ne trouble pas la pensée, active le sang, facilite le travail, restaure la santé et procure des nuits délicieuses » !

Du côté des écrivains, le plus grand consommateur fut sans doute Voltaire, qui, dit-on, buvait jusqu’à 75 tasses par jour ! A son médecin qui le mettait en garde contre les effets nocifs d'un abus de café, il aurait répondu: « S'il en est ainsi, voici quatre-vingts ans que j'essaie de m'empoisonner ». Et bien sûr les encyclopédistes. De là à imaginer le café-boisson et le café-institution aux commandes des événements de 1789, il n’y a qu’un pas…
Honoré de Balzac est aussi réputé grand buveur de café, il buvait jusqu’à 30 tasses par jour et il lui a même consacré une étude. Quant à Céline, il  ne jurait que par son café au lait !
Parmi les compositeurs de musique, Beethoven appréciait le café très fort, préparé à « soixante grains par tasse ». Quant à Bach il lui dédia une cantate !

Par Tiuscha
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