Vient ensuite le turbot de Bretagne, à la vapeur, texture de navets à la menthe fraîche, beurre mousseux au
rhum vieux agricole. Quelle merveille que cette sauce, et là encore, la menthe apporte beaucoup de fraîcheur au plat, et ici encore, de la nuance, de la finesse et beaucoup
d'élégance ; la cuisson, autant celle du poisson que du légume, est superbe ! Et là, le Condrieu se défend mieux, mais je subodore qu'il sera parfaitement en accord avec le prochain poisson, à
la cardamome...
LUI peut enfin goûter au pigeon fermier de la Drôme, rôti
entier au poêlon, côtes de rhubarbe et céleri fondantes, foie gras, jus au poivre de
Madagascar. IL reste sur ces positions et pour confirmer l'accord avec la rhubarbe n'est guère emballé par ce légume et son
acidité... Cuissons parfaites et bel accord entre la rhubarbe et le céleri.
De mon côté, voici que s'avance le dernier plat de poisson : le saint-pierre de petitx bateaux, meunière à la cardamome noire, tian revisité au laurier. Le tian est présenté comme un carré de légumes fondants, avec comme un
crémeux parfumé au laurier.
Avant la viande, une verrine de melon rafraîchi à
l'anis vert, avec son granité d'Eyguebelle (liqueur de plantes entre génépi et chartreuse), pour avoir testé moi-même ce mariage melon/anis vert/absinthe, j'adore ! Simple, frais, et
probablement digestif (en tout cas c'est le but supposé)...
La pièce de viande de ce menu très "poisson" est l'agneau de lait de Lozère, côte et selle rôties au
sautoir, crémeux de banon, pissaladière à la feuille de roquette. Terrain connu
après un agneau de Sisteron farci aux banon et herbes de la
garrigue... Mais ici, le banon sert de base crémeuse (et agar-agarisée, en tout cas légèrement gélifiée) à la fausse pissaladière,
sans pâte donc. Très léger une fois de plus, goûteux cela va sans dire mais très subtil. Cuisson parfaite de l'agneau rosé (z'avez qu'à voir la photo !).
Au programme des fromages, un très beau plateau, bien affiné. Je goûte certains comme le chèvre local, le lavor, le bleu de Thermignon (ne vaut pas le bleu d'Auvergne...), un brebis corse aux herbes excellent et surtout un incomparable Langres (d'autres belles croûtes lavées que LUI a testé). Quel parfum de vache ! Accompagnés
de pains rustiques (après un pain aux algues absolument divin et dont je n'avais pas parlé, honte à moi, idéal accompagnement d'un menu typé "mer").
Vous prendrez bien un pré-dessert ? Oh, oui ! Surtout s'il s'agit d'une mousse de fromage blanc, sorbet thé et nuage d'agrume ! De la douceur et de la fraîcheur au palais avec
l'acidulé du calamancy (calamandin, kalamansi, beaucoup d'orthographes et de dénominations voisines pour ce mini citron vert très parfumé, d'origine indonésienne), parfait pour introduire le
sucré dans la place !
Et ses mini bouchées sucrées... Fruits
exotiques/café/chocolat, bouchée chocolat apalco, macaron cassis/violette, coque chocolat blanc/fraise/menthe/chamallow (j'adore ce dernier !)
SON dessert, chocolaté ! Le chocolat alpaco et
les fruits exotiques, ganache montée chocolat, raviole coulante
sorbet aux fruits exotiques. Exquis croustillant, délicieuse ganache, juste parfait et noir à
souhait !
Et la fraise mara des bois et le romarin, jus et confit de fraise, biscuit roulé pistache, sorbet
romarin. Conquise par le sorbet que je vais sûrement m'empresser de reproduire ! Dans le tube-cigarette craquant, le jus de fraise, à faire couler sur l'écume et le sorbet romarin.
C'est beau, c'est bon, je suis sous le charme. Du coup, j'ai encore plus envie d'aller prendre un cours, avec Anne-Sophie ou son chef pâtissier ? C'est la question !!
Et pour digérer ? Une infusion à la verveine, accompagnée de petites barres chocolatées, ganache mentholée,
ainsi que deux délicieuses pâtes de fruit à la passion, divines !
En substance, ce repas fut magnifique, tout en délicatesse, en subtilité. Trop "lisse" pour LUI, qui préfère les saveurs plus "marquées",
c'est sans doute là qu'il faut voir le caractère féminin de la cuisine d'Anne-Sophie Pic. Personnellement, j'y ai été très sensible, charmée, comme un cocon très doux, des saveurs et des
textures peines de finesse. Je n'ai toutefois peu noté de changement dans la cuisine par rapport à 2003, la Dame avait déjà beaucoup de maturité culinaire. Sa troisième étoile, c'est
juste le temps qu'on lui a laissé pour confirmer sa réussite. Les étoiles, ce sont surtout celles que je gardent dans ma tête, mes yeux, mon coeur et sur mes papilles !
Croyez-le ou non, en remontant, nous attend encore un petit cadeau : un coffret de 4 chocolats pralinés et 4
pâtes de fruits, les filles seront ravies !
Le lendemain matin, le petit déjeuner est plantureux et travaillé, bien entendu, tout est fait maison, pain,
viennoiseries, yaourt aigre, crème à la fleur d'oranger et coulis de fruits rouges. Avec un bon café, un jus d'orange et de fraises mara des bois
ainsi que des framboises fraîches. Côté viennoiseries, des beignets fabuleux à la framboise, des roulés à la crème de pistache (comme une
pâtissière mais très peu sucrée et pistache écrasée/concassée), des croissants croustillants et du pain baguette ainsi que du pain aux céréales. Et
pour tartiner : beurre Bordier, confitures fraise et abricot, pâte à tartiner chocolat-noisettes. Après cela, nous voilà parés pour la journée
!
C'est vous qui le dites