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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 08:08

Quand l’abeille, au printemps, confiante et charmée,

Sort de la ruche et prend son vol au sein des airs,

Tout l’invite et lui rit sur sa route embaumée.

L’églantier berce au vent ses boutons entr’ouverts ;

La clochette des prés incline avec tendresse

Sous le regard du jour son front pâle et léger.

L’abeille cède émue au désir qui la presse ;

Ella aperçoit un lis et descend s’y plonger.

Une fleur est pour elle une mer de délices.

Dans son enchantement, du fond de cent calices.

Elle sort trébuchant sous une poudre d’or.

Son fardeau l’alourdit, mais elle vole encor.

Une rose est là-bas qui s’ouvre et la convie ;

Sur ce sein parfumé tandis qu’elle s’oublie,

Le soleil s’est voilé. Poussé par l’aquilon,

Un orage prochain menace le vallon.

Le tonnerre a grondé. Mais dans sa quête ardente

L’abeille n’entend rien, ne voit rien, l’imprudente !

Sur les buissons en fleur l’eau fond de toute part ;

Pour regagner la ruche il est déjà trop tard.

rucher.jpgLa rose si fragile, et que l’ouragan brise,

Referme pour toujours son calice odorant ;

La rose est une tombe, et l’abeille surprise

Dans un dernier parfum s’enivre en expirant.

Qui dira les destins dont sa mort est l’image ?

Ah ! combien parmi nous d’artistes inconnus,

Partis dans leur espoir par un jour sans nuage,

Des champs qu’ils parcouraient ne sont pas revenus !

Une ivresse sacrée aveuglait leur courage ;

Au gré de leurs désirs, sans craindre les autans,

Ils butinaient au loin sur la foi du printemps.

Quel retour glorieux l’avenir leur apprête !

A ces mille trésors épàrs sur leur chemin

L’amour divin de l’art les guide et les arrête :

Tout est fleur aujourd’hui, tout sera miel demain.

Ils revenaient déjà vers la ruche immortelle ;

Un vent du ciel soufflait, prêt à les soulever.

Au milieu des parfums la Mort brise leur aile ;

Chargés comme l’abeille, ils périssent comme elle

Sur le butin doré qu’ils n’ont pas pu sauver.

Louise Ackermann, l'Abeille

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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 16:21

Pour Thanksgiving voici un extrait de la nouvelle de Louisa May Alcott (auteur des Quatre filles de Docteur March), An Old Fashioned Thanksgiving :

The big kitchen was a jolly place just now, for in the great fireplace roared a cheerful fire; on the walls hung garlands of dried apples, onions, and corn; up a loft from the beams shone crook-necked squashes, juicy hams, and dried venison . . . Savory smells were in the air; on the crane hung steaming kettles; and down among the red embers copper saucepans simmered, all suggestive of some approaching feast.

tanksgiving_normanrockwell.jpg
Thanksgiving, Norman Rockwell

Et un extrait du poème Over the river and through the wood de Lydia Maria Child :

Over the river, and through the wood,
to Grandfather's house away!
We would not stop for doll or top,
for 'tis Thanksgiving Day.

 

Un extrait du film tiré de la nouvelle An Old Fashioned Thanksgiving ?

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13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 07:46

« L'année dernière, la veille de la Noël, comme je me trouvais chez ma tante Lisa, le garçon de la charcuterie, Auguste, cet idiot, vous savez, était en train de faire l'étalage. Ah! le misérable! Il me poussa à bout par la façon molle dont il composait son ensemble. Je le priai de s'ôter de là, en lui disant que j'allais lui peindre ça, un peu proprement. Vous comprenez, j'avais tous les tons vigoureux, le rouge des langues fourrées, le jaune des jambonneaux, le bleu des rognures de papier, le rose des pièces entamées, le vert des feuilles de bruyère, surtout le noir des boudins, un noir superbe que je n'ai jamais pu retrouver sur ma palette. Naturellement, la crépine, les saucisses, les andouilles, les pieds de cochon panés, me donnaient des gris d'une grande finesse. Alors je fis une véritable oeuvre d'art. Je pris les plats, les assiettes, les terrines, les bocaux; je posai les tons, je dressai une nature morte étonnante, où éclataient des pétards de couleur, soutenus par des gammes savantes. Les langues rouges s'allongeaient avec des gourmandises de flamme, et les boudins noirs, dans le chant clair des saucisses, mettaient les ténèbres d'une indigestion formidable. J'avais peint, n'est-ce pas? la gloutonnerie du réveillon, l'heure de minuit donnée à la mangeaille, la goinfrerie des estomacs vidés par les cantiques. En haut, une grande dinde montrait sa poitrine blanche, marbrée, sous la peau, des taches noires des truffes. C'était barbare et superbe, quelque chose comme un ventre aperçu dans une gloire, mais avec une cruauté de touche, un emportement de raillerie tels que la foule s'attroupa devant la vitrine, inquiétée par cet étalage qui flambait si rudement... Quand ma tante Lisa revint de la cuisine, elle eut peur, s'imaginant que j'avais mis le feu aux graisses de la boutique. La dinde, surtout, lui parut si indécente qu'elle me flanqua à la porte, pendant qu'Auguste rétablissait les choses, étalant sa bêtise. Jamais ces brutes ne comprendront le langage d'une tache rouge mise à côté d'une tache grise... N'importe, c'est mon chef-d'oeuvre. Je n'ai jamais rien fait de mieux ».
Emile Zola, le Ventre de Paris (extrait)



pieteraertsen_etalduboucher.jpg
L'étal de boucherie - Pieter Aertsen

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8 novembre 2014 6 08 /11 /novembre /2014 07:16

Je ne connaissais pas, et je ne connais pas encore, de meilleure chère que celle d’un repas rustique. Avec du laitage, des œufs, des herbes, du fromage, du pain bis et du vin passable, on est toujours sûr de me bien régaler ; mon bon appétit fera le reste quand un maître d’hôtel et des laquais autour de moi ne me rassasieront pas de leur importun aspect. Je faisais alors de beaucoup meilleurs repas avec six ou sept sous de dépense, que je ne les ai faits depuis à six ou sept francs. J’étais donc sobre, faute d’être tenté de ne pas l’être : encore ai-je tort d’appeler tout cela sobriété, car j’y mettais toute la sensualité possible. Mes poires, ma giuncà, mon fromage, mes grisses, et quelques verres d’un gros vin de Montferrat à couper par tranches, me rendaient le plus heureux des gourmands.
Jean-Jacques Rousseau (Les Confessions). 


bettista-recco-nature-morte.jpg

Nature morte - Giovan Battista Recco

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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 07:44

Un soir, à la brune, au fort de la folie du carnaval, je rencontrai mon ami. Il m’accosta avec une très chaude cordialité, car il avait beaucoup bu. Mon homme était déguisé. Il portait un vêtement collant et mi-parti, et sa tête était surmontée d’un bonnet conique avec des sonnettes. J’étais si heureux de le voir, que je crus que je ne finirais jamais de lui pétrir la main. Je lui dis :

« Mon cher Fortunato, je vous rencontre à propos. Quelle excellente mine vous avez aujourd’hui !… — Mais j’ai reçu une pipe d’amontillado, ou du moins d’un vin qu’on me donne pour tel, et j’ai des doutes.

caskamontillado.jpg— Comment, dit-il, de l’amontillado ? Une pipe ? Pas possible ! — Et au milieu du carnaval !

— J’ai des doutes, répliquai-je, et j’ai été assez bête pour payer le prix total de l’amontillado sans vous consulter. On n’a pas pu vous trouver, et je tremblais de manquer une occasion.

— De l’amontillado !

— J’ai des doutes.

— De l’amontillado !

— Et je veux les tirer au clair.

— De l’amontillado !

— Puisque vous êtes invité quelque part, je vais chercher Luchesi. Si quelqu’un a le sens critique, c’est lui. Il me dira…

— Luchesi est incapable de distinguer l’amontillado du xérès. 

— Et cependant, il y a des imbéciles qui tiennent que son goût est égal au vôtre.

— Venez, allons !

— Où ?

— À vos caves.

— Mon ami, non ; je ne veux pas abuser de votre bonté. Je vois que vous êtes invité. Luchesi…

— Je ne suis pas invité ; — partons !

— Mon ami, non. Ce n’est pas la question de l’invitation, mais c’est le cruel froid dont je m’aperçois que vous souffrez. Les caves sont insupportablement humides ; elles sont tapissées de nitre.

— N’importe, allons ! Le froid n’est absolument rien. De l’amontillado ! On vous en a imposé. — Et, quant à Luchesi, il est incapable de distinguer le xérès de l’amontillado. »

Edgar Allan Poe (La Barrique d’amontillado

 

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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 06:34

Les écrivains mettent leur plume au service du grand vin de Champagne de longue date, pour vanter l’inspiration qu’il leur inspire ; ils en abreuvent leurs romans, tantôt pour son caractère festif et gastronomique, tantôt pour son pouvoir de séduction, parfois subversif. Quand ils n’en usent pas comme un remède "médical" ! 

Le Champagne qui délie les esprits et les âmes

Le Champagne est le vin de l’inspiration, qui a su enchanter les poètes russes, les écrivains français et les dandys anglais ! Il enflamme les discussions, nourrit les débats intellectuels et stimule la créativité. Pour preuve le souvenir de Léon Daudet décrivant un repas qui réunissait quelques intellectuels et artistes, dont Mallarmé et Barrès : "Le contact s'établit et Barrès fut étourdissant. Mallarmé lui donnait la réplique, en transposant ses réflexions dans le royaume imaginaire, mi-abstrait, mi-concret, dont il était le subtil et délicieux souverain. À force de faire alterner le champagne doux et le champagne sec, histoire de comparer leurs pointes brillantes, nous étions arrivés à une grande béatitude, à une conception presque musicale - ou du moins nous paraissant telle de l'univers et de la destinée. On se sépara avec mélancolie entre deux et trois heures du matin. "

Homme de lettre et amateur de Champagne, Arsène Houssaye narre dans ses souvenirs de la comédie française : "Nous commençâmes la fête à huit heures du soir, il y eut un souper à minuit. Dumas avait d’abord demandé des femmes, mais les femmes ne vinrent pas. Le souper n’en fut pas moins gai, le vin de champagne raviva la verve. À peine à table, c’était à qui trouverait une scène ou un mot. Verteuil avait son encrier à côté de sa coupe de vin de Champagne. Il lui arriva plus d’une fois de tremper sa plume dans la coupe, mais il ne lui arriva point de prendre son encrier pour y boire." Le même Alexandre Dumas qui prétend mettre une coupe de Champagne à côté de son encrier et souhaite à sa plume une inspiration pétillante !

Le Champagne qui fait pétiller la vie 

champagne_jarretiere.jpgAlfred de Musset qui reconnait volontiers que le Champagne le rend spirituel, écrit dans Confessions d’un enfant du siècle : "Je m'attendais à quelque chose de dégourdi, d'insolent, mais de gai, de brave et de vivace, à quelque chose comme le pétillement du vin de Champagne". L’ivresse que provoque le Champagne est une belle sensation, joyeuse, festive que l’on retrouve chez Honoré de Balzac dans La Peau de chagrin : "Déchaînés comme les chevaux d'une malle-poste qui part d'un relais, ces hommes, fouettés par les piquantes flèches du vin de Champagne impatiemment attendu, mais abondamment versé, laissèrent alors galoper leur esprit dans le vide de ces raisonnements que personne n'écoute, se mirent à raconter ces histoires qui n'ont pas d'auditeurs, recommencèrent cent fois ces mêmes interpellations qui restent sans réponse." Dans Ursule Mirouët, du même auteur, on peut lire "Mais nous noierons dans les flots de vin de Champagne ce petit chagrin".

Guy de Maupassant évoque le plaisir que suscite le bruit du bouchon qui saute dans Pierre et Jean : "Quand sauta le bouchon de la première bouteille de champagne, le père Roland, très excité, imita avec sa bouche le bruit de cette détonation, puis déclara : "J'aime mieux ça qu'un coup de pistolet." Dans Bel-Ami, les personnages entendent bien s’enivrer : "Puis on s’assit, et le maître d’hôtel ayant présenté à Forestier la carte des vins, Mme de Marelle s’écria : — Donnez à ces messieurs ce qu’ils voudront ; quant à nous, du champagne frappé, du meilleur, du champagne doux par exemple, rien autre chose. — Et l’homme étant sorti, elle annonça avec un rire excité : — Je veux me pocharder ce soir, nous allons faire une noce, une vraie noce."

Le Champagne qui séduit

Toujours dans Bel-Ami, Maupassant établit une passerelle aisée à emprunter entre la simple ivresse légère et le désir, que le Champagne fait naître (Giacomo Casanova ne cite-t-il pas le Champagne, comme l’un des atouts indispensables de ses soirées de séducteur ?) : "Et comme la première entrée n’arrivait pas, ils buvaient de temps en temps une gorgée de champagne en grignotant des croûtes arrachées sur le dos des petits pains ronds. Et la pensée de l’amour, lente et envahissante, entrait en eux, enivrait peu à peu leur âme, comme le vin clair, tombé goutte à goutte dans leur gorge, échauffait leur sang et troublait leur esprit".

Dans Nana d’Emile Zola, le Champagne met en exergue le charme de la belle Nana : "Le champagne qu'elle avait bu la faisait toute rose, la bouche humide, les yeux luisants; et le banquier offrait davantage, à chaque mouvement câlin de ses épaules, aux légers renflements voluptueux de son cou, lorsqu'elle tournait la tête."
Toujours dans Nana, le Champagne semble être la boisson idéale à proposer pour séduire et passer pour un gentleman, par la bouche de Fontan : "Moi pas pignouf, moi payer du champagne". Tout comme dans Le Fil du rasoir de Somerset Maugham : "Il l’emmena chez Maxim’s, ce qui lui fit une vive impression. (...) Il commanda une bouteille de champagne, d’où elle conclut définitivement que c’était un gentleman."

pommery
Le Champagne qui met en valeur les mets les plus fins

La sensuelle et gourmande Colette évoque dans son livre En pays connu, "Le champagne (...), murmure d’écume, perles d’air bondissantes" ; elle écrit encore " à travers des banquets d’anniversaires et de première communion, il arrosa les truffes grises de la Puisaye...". Elle précise qu’il faut servir le vin rare dans des verres étroits, puis absorber "à gorgées espacées, réfléchies". Colette apprécie surtout le Pommery qu’elle met en scène dans le Blé en herbe :
- Tu bois quoi, depuis que tu es marié ? demanda Desmond. De la camomille ?
- Du Pommery, dit Chéri.
- Avant le Pommery ?
- Du Pommery, avant et après !
Et il humait dans son souvenir, en ouvrant les narines, le pétillement à odeur de roses d’un vieux champagne de mil huit cent quatre-vingt-neuf que Léa gardait pour lui seul...

Le Champagne qui guérit

Le Champagne est bien connu pour éliminer les petits chagrins et alléger les peines, mais pas que. Marcel Proust prend du Champagne, entre autres, afin de combattre ses crises d’asthme : "Depuis longtemps déjà j'étais sujet à des étouffements et notre médecin m'avait conseillé du champagne quand je sentais venir une crise." Tandis que Colette use du Champagne chaud pour lutter contre la grippe ! "Chère Colette, n'oubliez pas votre champagne chaud contre la grippe. J'en ai tâté une fois, sur votre conseil, et suis resté quarante-huit heures dans la béatitude..." lui écrit Francis Carco le 4 octobre 1945, recette que voici (diffusée dans Marie-Claire en 1940) : "Sacrifiez à sa préparation une demi-bouteille de bon champagne sec que vous ferez bouillir vivement et brièvement dans une petite casserole. Au premier gros bouillon coupez le feu et ajoutez une généreuse dose d'armagnac. Buvez en vous brûlant. Je conseille aux prégrippés de se coucher avant de boire. Car j'en ai vu qui, sensibles à l'alcool et ébranlés par la fièvre, tombaient comme on dit, raides morts. Mais aucun n'a manqué le lendemain, de se relever guéri."

Concluons par ce caractère "brillant" du Champagne que Voltaire associe, dans la satire Le Mondain, à son origine française :

Allons souper.
Que ces brillants services,
Que ces ragoûts ont pour moi de délices !
Qu’un cuisinier est un mortel divin !
Chloris, Eglé, me versant de leur main
D’un vin d’Aï dont la mousse pressée,
De la bouteille avec force élancée,
Comme un éclair fait voler le bouchon ;
Il part, on rit ; il frappe le plafond.
De ce vin frais l’écume pétillante
De nos Français est l’image brillante.
Le lendemain donne d’autres désirs,
D’autres soupers et de nouveaux plaisirs.

NB ce billet a été publié en 2011 sur feu Fureur des Vivres... 
Sources : Maison de Champagne ; Nana d’Emile Zola ; Colette Gourmande de Marie-Christine et Didier Clément

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27 septembre 2014 6 27 /09 /septembre /2014 06:39

Vendanges, joie précipitée, urgence de mener au pressoir, en un seul jour, raisin mûr et verjus ensemble, rythme qui laisse loin la cadence rêveuse des moissons, plaisir plus rouge que les autres plaisirs, chants, criailleries enivrées - puis silence, retraite, sommeil du vin neuf cloîtré, devenu intangible, retiré des mains tachées qui, miséricordieusement le violentèrent.

Colette (citation tirée du site Colette et le vin)



Williamadolphe_bouguereau_vendangeuse.jpg
Vendangeuse de William Adolphe Bouguereau

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20 septembre 2014 6 20 /09 /septembre /2014 07:36

Amélie Nothomb revient comme chaque année avec son nouveau millésime, Pétronille, une histoire d'amitié sur fond d'ivresse au Champagne ! L'auteur cherche un compagnon ou une compagne de beuverie, elle trouvera une amie véritable. C'est plus profondément une ode à la lecture, à l'écriture et à la vie.
Toutefois, sur ce blog, je vous proposerai un extrait, le début du livre, dédié au Champagne, et à l'ivresse née du jeûne.
"Donc j'ai jeûné. Et j'ai rompu le jeûne avec un veuve-clicquot. L'idée était de commencer par un bon champagne, la veuve ne constituait pas un mauvais choix.
Pourquoi du champagne ?  Parce que son ivresse ne ressemble à nulle autre. Chaque alcool possède une force de frappe particulière ; le champagne est l'un des seuls à ne pas susciter de métaphore grossière. Il élève l'âme vers ce que dut être la condition de gentilhomme à l'époque où ce beau mot avait du sens. Il rend gracieux, à la fois léger et profond, désintéressé, il exalte l'amour et confère de l'élégance à la perte de celui-ci."

amelienothomb_petronille.jpg

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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 06:37

Ce figuier était plus de deux fois centenaire ;
Sa branche se tordait comme un nombreux serpent ;
Sous sa voûte on errait comme en un cloître on erre,
Et cet arbre était fier d’ombrager un arpent.

C’était toujours la nuit sous ses rameaux en arches.
Aussi les amoureux s’y donnaient rendez-vous ;
Car les enfans toujours plaisent aux patriarches,
Et les vieux sages sont amis des jeunes fous.

comtemontesquiou.jpgVrai ! ses tiges vivaient parasites ou franches,
Et leur fourmillement noir bruissait toujours ;
Mais le tronc reposait rassasié de branches
Ainsi que Job était rassasié de jours.

Ses surgeons pullulaient sous le vert de sa robe ;
Mais la sève sans cesse émanait du vieux cœur ;
Ainsi Dieu sur un doigt levé maintient le globe
Et rien qu’en y pensant assure sa vigueur.

En vain des ans nouveaux s’épuisaient les clepsydres ;
Plus vieux, l’arbre, au rebours de l’homme, était plus beau ;
Ses têtes renaissaient comme celles des hydres,
Et sa racine allait réveiller le tombeau.

Or il roula si bien ses anneaux de couleuvre,
Or il couvrit la plaine entière d’un tel poids,
Que le Seigneur le vit, s’admira dans son œuvre,
Et dit à l’arbre vert qui paraissait un bois :

« Arbre, je veux pour toi faire une chose encore,
Car tu mis à profit et ton temps et ton suc ;
De quel honneur nouveau veux-tu qu’on te décore,
O toi qui sus vieillir sans devenir caduc ?

Veux-tu plus de rameaux, ou veux-tu plus de feuilles ?
Veux-tu que plus d’oiseaux t’emplissent de leur bruit ?
Je voudrai ce que tu voudras, quoi que tu veuilles… »
— Et l’arbre murmura : « Produire encore un fruit ! »

Le figuier - Robert de Montesquiou (sur la photo ci-dessus) 

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8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 07:40

Sarriette_des_Montagnes.jpgPeu à peu disparaissent, la température devenant trop froide, l'Olivier et le Chêne vert d'abord. Puis la Vigne et l'Amandier ; puis encore le Mûrier, le Noyer, le Chêne blanc. Le Buis devient abondant. On entre dans une région monotone qui s'étend de la fin des cultures à la limite inférieure des Hêtres, et dont la végétation dominante est la Sarriette des montagnes, connue ici sous le nom vulgaire de Pébré d'asé, poivre d'âne, à cause de l'âcre saveur de son menu feuillage, imprégné d'huile essentielle. Certains petits fromages, faisant partie de nos provisions, sont poudrés de cette forte épice. Plus d'un déjà les entame en esprit, plus d'un jette un regard d'affamé sur les sacoches aux vivres, que porte le mulet. Avec notre rude et matinale gymnastique, l'appétit est venu, mieux que l'appétit, une faim dévorante, ce qu'Horace appelle latrantem stomachum. J'enseigne à mes collègues à tromper cette angoisse stomacale jusqu'à la prochaine halte ; je leur indique, au milieu des pierrailles, une petite oseille à feuilles en fer de flèche, le Rumexscutatus ; et prêchant moi-même d'exemple, j'en cueille une bouchée. On rit d'abord de ma proposition. Je laisse rire, et bientôt je les vois tous occupés, à qui mieux mieux, à la cueillette de la précieuse oseille.


Tout en mâchant l'acide feuille, on atteint les hêtres, d'abord larges buissons, isolés, traînant à terre ; bientôt arbres nains, serrés l'un contre l'autre ; enfin troncs vigoureux, forêt épaisse et sombre, dont le sol est un chaos de blocs calcaires. Surchargés en hiver par le poids des neiges, battus toute l'année par les furieux coups d'haleine du mistral, beaucoup sont ébranchés, tordus dans des positions bizarres, ou même couchés à terre. Une heure et plus se passe à traverser la zone boisée, qui, de loin, apparaît sur les flancs du Ventoux comme une ceinture noire. Voici que, de nouveau, les hêtres deviennent buissonnants et clairsemés. Nous avons atteint leur limite supérieure et, au grand soulagement de tous, malgré les feuilles d'oseille, nous avons atteint aussi la halte choisie pour notre déjeuner.


Nous sommes à la fontaine de la Grave, mince filet d'eau reçu au sortir du sol dans une série de longues auges en tronc de hêtre, où les bergers de la montagne viennent faire boire leur troupeau. La température de la source est de 7°, fraîcheur inestimable pour nous, qui sortons des fournaises caniculaires de la plaine. La nappe est étalée sur un charmant tapis de plantes alpines, parmi lesquelles brille la Paronyque à feuilles de serpolet, dont les larges et minces bractées ressemblent à des écailles d'argent. Les vivres sont tirés de leurs sacoches, les bouteilles exhumées de leur couche de foin. Ici, les pièces de résistance, les gigots bourrés d'ail et les piles de pain ; là, les fades poulets, qui amuseront un moment les molaires, quand sera apaisée la grosse faim ; non loin, à une place d'honneur, les fromages du Ventoux épicés avec la sarriette des montagnes, les petits fromages au Pébré d'asé ; tout à côté, les saucissons d'Arles, dont la chair rose est marbrée de cubes de lard et de grains entiers de poivre ; par ici, en ce coin, les olives vertes, ruisselantes encore de saumure, et les olives assaisonnées d'huile ; en cet autre, les melons de Cavaillon, les uns à chair blanche, les autres à chair orangée, car il y en a pour tous les goûts ; en celui-ci, le pot aux anchois, qui font boire sec pour avoir du jarret ; enfin les bouteilles au frais dans l'eau glacée de cette auge. N'oublions-nous rien ? Si, nous oublions le maître dessert, l'oignon, qui se mange cru avec du sel. Nos deux Parisiens, car il y en a deux parmi nous, mes confrères en botanique, sont d'abord un peu ébahis de ce menu par trop tonique ; ils seront les premiers tout à l'heure à se répandre en éloges. Tout y est. A table !

Alors commence un de ces repas homériques qui font date en la vie. Les premières bouchées ont quelque chose de frénétique. Tranches de gigots et morceaux de pain se succèdent avec une rapidité alarmante. Chacun, sans communiquer aux autres ses appréhensions, jette un regard anxieux sur les victuailles et se dit : « Si l'on y va de la sorte, en aurons-nous assez pour ce soir et demain ? » Cependant la fringale s'apaise ; on dévorait d'abord en silence, maintenant on mange et on cause. Les appréhensions pour le lendemain se calment aussi ; on rend justice à l'ordonnateur du menu, qui a prévu cette famélique consommation et tout disposé pour y parer dignement. C'est le tour d'apprécier les vivres en connaisseur. L'un fait l'éloge des olives, qu'il pique une à une de la pointe du couteau ; un second exalte le pot aux anchois, tout en découpant sur son pain le petit poisson jauni d'ocre ; un troisième partie avec enthousiasme du saucisson ; tous enfin sont unanimes pour célébrer les fromages au Pébré d'asé, pas plus grands que la paume de la main. Bref, pipes et cigares s'allument, et l'on s'étend sur l'herbe, le ventre au soleil.

Jean-Henri Fabre - Souvenirs entomologiques

Boudin-naturemortegigotdagneautagneau.JPG
Eugène Boudin - Nature morte au gigot d'agneau


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