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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 08:01

On la paie son poids d’or, le plus souvent pour en faire un piètre usage. On l’englue de foie gras, on l’inhume dans une volaille surchargée de graisse ; on la submerge, hachée, de sauce brune, on la marie à des légumes masqués de mayonnaise… Foin des lamelles, des hachis, des rognures, des pelures de truffe ! Ne saurait-on l’aimer pour elle-même ? Si vous l’aimez, payez sa rançon royalement – ou écartez-vous d’elle. Mais l’ayant achetée, mangez-la seule, embaumée, grenue, mangez-la comme un légume qu’elle est, chaude, servie à fastueuses portions. Elle ne vous donnera pas, une fois étrillée, grand-peine ; sa souveraine saveur dédaigne les complications et les complicités.
Colette (Prisons et paradis)naturemortetruffeceleri_phutin.jpg

Nature morte aux truffes, au céleri, aux moules et au bol chinois de Charles Hutin

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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 08:28

Les peintres furent nombreux, autant que les écrivains et poètes, à mettre en scène et louer l'absinthe avant son interdiction. "La fée verte" fut longtemps une muse, avant d'être interdite. Un peu la cocaïne du siècle dernier... je vous propose un petit florilège sur le thème "Les peintres et l'absinthe".

Le buveur d'absinthe d'Edouard Manet, encore jeune peintre
Manet_buveurabsinthe.jpg


L'Absinthe
ou Dans un café d'Edgar Degas, grand buveur d'absinthe.
absinthe_degas.jpg
Monsieur Boileau par Henri de Toulouse-Lautrec, qui appréciait l'absinthe coupé de Cognac...ToulouseLautrec_MrBoileau.jpg


Nature morte à l'absinthe
de Vincent Van Gogh
VanGogh_absinthe.jpg

Le verre d'absinthe de Pablo PicassoPicasso_absinthe.jpg
« Au Café » ou Mme Ginoux de Paul GauguinGauguin_absinthe-copie-1.jpgL'absinthe de Jean BéraudBeraud_absinthe.jpg
Le buveur d'absinthe par Viktor Oliva qui laisse apparaître la "Fée verte", muse, inspiratrice des peintres et poètes...ViktorOliva_absinthe.jpg
La muse verte d'Albert Maignan, muse certes mais surtout inquiétanteMaignan_museverte.jpg

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1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 08:10

Je le sais, l’ail, enfant des Bastides voisines,
N’est pas en bonne odeur dans vos fades cuisines,
Même au Palais-Royal, tout encadré d’arceaux,
Jamais l’ail n’embauma de ses gousses chéries
Dans leur beau restaurant, ouvert aux galeries,
La trinité des Provençaux.

Vous ne savez donc pas que cette plante est bonne
Entre toutes ? Tissot, professeur en Sorbonne,
Ne vous a pas vanté cet admirable don,
Lorsque, des vieux Romains disant la grande chère,
Bucoliques aux doigts, il vous explique en chaire
Les vers du Pastor Corydon ?

Virgile, homme de goût, a vanté son arôme
Dans des vers applaudis par les dames de Rome ;
Et, quand il allait voir Auguste au Palatin,
Tythyllis apprêtait l’ail, en gardant ses chèvres,
Et le poëte, en cour, exhalait de ses lèvres
Le vrai parfum du vers latin.

Tout ce qui porte un nom dans les livres antiques,
Depuis David, ce roi qui faisait des cantiques,
Jusqu’à Napoléon, l’empereur du Midi,
Tout a dévoré l’ail, cette plante magique
Qui met la flamme au cœur du héros léthargique,
Quand le froid le tient engourdi.

Et toi, cher Constantin, dont l’amitié m’excite,
Si je t’écris ici ces quelques vers si vite,
C’est que l’ail dans Marseille a mis son grand bazar,
Que je viens d’en manger pour écrire un volume,
Et qu’au lieu d’encre enfin j’avais pris pour ma plume
L’ail de Virgile et de César. 

Méry (Eugène de Mirecourt) 

Nature morte au cabas et à l'ail d'Edouard Manet
EdouardManet_naturemorte_cabas_ail.jpg 

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25 décembre 2013 3 25 /12 /décembre /2013 06:49

Il vous paraîtra étrange que mes Noëls d'enfant - là-bas on dit "Nouël"- aient été privés du sapin frais coupé, de ses fruits de sucre, de ses petites flammes. Mais ne m'en plaignez pas trop, notre nuit du vingt-quatre était quand même une nuit de célébration, à notre silencieuse manière.
Il était bien rare que Sido n'eût pas trouvé dans le jardin, vivaces, épanouies sous la neige, les fleurs de l'ellébore que nous appelons roses de Noël.
En bouquet au centre la table, leurs boutons clos, ovales, violentés par la chaleur du beau feu, s'ouvraient avec une saccade mécanique qui étonnait les chats et que je guettais comme eux.
Nous n'avions ni boudin noir, ni boudin blanc, ni dinde aux marrons, mais les marrons seulement, bouillis et rôtis, et le chef-d'oeuvre de Sido, un pudding blanc, clouté de trois espèces de raisins, Smyrne, Malaga, Corinthe, truffé de melon confit, de cédrat en lamelles, d'oranges en petits dés.
Puis, comme il nous était loisible de veiller, la fête se prolongeait en veillée calme, au chuchotement des journaux froissés, des pages tournées, du feu sur lequel nous jetions quelque élagage vert et une poignée de gros sel qui crépitait et flambait vert sur la braise.
Colette - Paris de ma fenêtre (clin d'oeil à quelques personnes qui seront sensibles à cette lecture et qui se reconnaîtront)

C'est sur ce texte de Colette que je vous souhaite un Joyeux Noël !naturemortepudding.jpg

Johanna Helena Looisen - Nature morte au christmas pudding, houx et vin

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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 16:06

Quand nous avions des oranges… Les nommer, depuis qu’elles nous manquent, c’est assez pour susciter, sur nos muqueuses sevrées, la claire salive qui salue le citron frais coupé, l’oseille crue, la mordante pimprenelle. Mais notre besoin d’oranges dépasse la convoitise. Nous voudrions en outre voir des oranges. Nous pensons à ce reflet, cette lumière de rampe qui montait des poussettes chargées aux visages penchés dans la rue. Nous voudrions acheter un kilo, deux, dix kilos d’oranges. Nous voudrions soupeser, emporter ces branches coupées, porteuses de feuillages vernissés et de mandarines, qui jalonnaient les étals du cours Saleya à Nice, tout le long du marché aux fleurs. Nous avons une terrible envie de ces paniers ronds qui parfumaient notre chambre d’hôtel et que nous envoyions à nos amis parisiens (la marchande ajoutait, sous le couvercle, un bouquet de violettes et le brin de mimosa…).

picasso nature morte citron oranges

Nature morte au citron et aux oranges, pablo Picasso


Ces petits souvenirs-là, comme ils sont acides, irritants… Leur vivacité d’évocation nous fait un peu lâches. Il y avait aussi ces minuscules mandarines du pays renflées sur leur équateur et qui, sous l’ongle, répandaient par leurs pores une huile essentielle abondante… Il y avait cette excellente friandise italienne qui consiste en quelques grains de raisin muscat confits dans du vin liquoreux, ridés au soleil, momifiés et capiteux, roulés dans des feuilles de vigne. Il y avait ces fruits glacés de sucre, imprégnés de sucre, qui n’étaient plus que sucre, transparence vitreuse comme celle des pierres semi-dures, abricots-topaze, melons-jade, amandes-calcédoines, cerises-rubis, figues-améthystes… Un jour à Cannes j’ai vu une barque de sucre coloré, débordante d’une cargaison de fruits confits. Deux passagers y eussent tenu à l’aise. Quelle gourmande, quel enfant gâté avait embarqué son rêve à bord d’un pareil esquif ? J’entrai… « C’est vendu, madame. – Et vendu combien ? – Cinq mille francs. » Cinq mille francs d’avant-guerre, cinq mille francs de 1931…

 

On me reprochera d’aborder, non sans sadisme, un sujet pénible ?… Je proteste que nous sommes entraînés, depuis un bout de temps, à regarder en face et fermement les biens dont la guerre nous prive. C’est d’une bonne gymnastique mentale. D’ailleurs, tel qui ne bronche pas devant une plaque de chocolat faiblit à l’idée d’une fraîche orange parée encore d’une petite feuille à sa queue. J’avoue que je suis de ces derniers. Une orange… mais pas n’importe quelle orange. L’éducation des Occidentaux est encore à faire. Les entendiez-vous demander, au restaurant : « Vous me donnerez une orange », comme s’il n’y avait au monde qu’une espèce, qu’un cru, qu’un arbre, qu’une multitude indistincte d’oranges…

 

J’écris ces lignes au mois de février. C’est le moment où dans les années paisibles nous savourions les tunisiennes, élite des orangeraies. Ovale, un peu vultueuse autour du point de suspension, la tunisienne emplit la bouche d’un suc sans fadeur, d’une acidité adoucie, largement sucrée. Intacte, son écorce exhale un parfum qui rappelle celui de la fleur d’oranger. De décembre à février, c’est la brève saison de nous gorger de tunisiennes. Comme font les crus très typés qui de bouteille à bouteille marquent une différence, une tunisienne n’est pas tout à fait identique en saveur à une autre tunisienne, et la nuance encourage à ouvrir encore une orange, et encore une, encore une qui sera peut-être la meilleure de toutes…

 

Après la tunisienne, j’avais la philippeville, qui ne l’égale pas mais la remplace, mouille bien la bouche, se sucre agréablement si l’année a été soleilleuse. Puis venait la palermitane, en même temps que les grandes envies de boire qu’amènent mars et avril. Le soleil montant de concert avec le thermomètre, il me fallait plus tard recourir aux oranges du Brésil et aux espagnoles. Mais l’Espagne garde pour elle ses meilleurs fruits et nous accusons, à tort, toutes les oranges d’Espagne de nous laisser une arrière-saveur d’oignon cru.

 

Pour finir, la folle consommation d’orangeades amenait à Paris et sur les plages une petite orange qui mûrit tardivement sur de froids plateaux ibériques. Elle était la très bienvenue, à l’heure où nous quittaient les cerises, et les fraises qui passent comme un songe.

signac-nature-morte-au-livre-et-aux-oranges.jpgPaul Signac - Nature morte au livre et aux oranges


Dans le Midi nous achetions à pleins couffins la laide orange d’été, pour presser sa chair petite et pâle, corser son jus en le mêlant à celui du citron frais cueilli. Car si le citron provençal est digne d’humecter le poisson et le coquillage, l’orange locale n’est guère que l’ornement des enclos fleuris, la jaune lune des jardins, l’appoint d’une confiture de ménage. Ne lui faites pas plus loin crédit. Honorez plutôt la figue seconde, qui des plus belles heures de l’été fait son miel, s’enfle de rosée nocturne, et verte ou violette pleure, par son œil, un seul pleur de gomme délicieuse, pour vous marquer l’instant de sa perfection. Mangez-la sous l’arbre, et si vous tenez à ma considération, ne la mettez jamais au frais, ni – horreur et sacrilège ! – dans la glace pilée, tout-aller, pis-aller inventé par les rudes palais américains, qui paralyse toute saveur, ankylose le melon, anesthésie la fraise et change une rouelle d’ananas en fibre plus textile que comestible.

 

Tiède le fruit, froide l’eau dans le verre : ainsi l’eau et le fruit semblent meilleurs. Que penser d’un fruit qui s’éloigne, comme se refroidit une planète, de la chaleur qui l’a formé ? Un abricot cueilli et mangé au soleil est sublime. L’heure passée dans une orangeraie marocaine est aussi vive à ma mémoire et à ma gratitude que si j’avais encore, sous les ongles, la ligne jaune qu’y laisse un gaspillage d’oranges très mûres. Foncées, assez petites, une joue parfois frottée de rouge vif, à dix heures du matin en avril elles étaient déjà tièdes, quand la longue herbe printanière, à nos pieds, nous rafraîchissait encore les chevilles. Un de nous s arrêtait-il comme par discrétion, le serviteur marocain étendait son bras vers l’horizon et riait, pour nous faire comprendre que plus loin, et jusqu’à perte de vue, d’autres tangérines nous attendaient, innombrables…

 

Marrakech nous donna davantage encore. Des eaux pures, des roses, des rossignols qui à un certain signe nocturne éclataient tous à la fois, des aurores précipitées qui envahissaient le ciel comme un incendie – et des oranges dans les orangers du pacha Si Hadj Thami el Glaoui. Opulentes orangeraies d’un maître tout ensemble avisé et fastueux, secret alignement de ce qui paraît, au premier abord, désordonné et provocateur, quels soins produisaient, protégeaient de telles récoltes ! Leur parfum, tombant de haut, traînait à ras de terre et nous barrait presque le passage. Des pétales de cire ne cessaient de pleuvoir, entraînant dans leur chute les abeilles ivres ; elles touchaient avec eux le sol, se relevaient poudreuses et regagnaient les fleurs suspendues parmi les fruits. À son tour une orange tombait, longue, lourde orange en forme d’œuf, qui s’ouvrait en touchant le sol et saignait de sa chute un sang rosé… Non loin, les murs roses de la ville, sur un ciel que pâlissait déjà la chaleur, limitaient ce paradis – paradis d’ailleurs bien gardé ; si je tendais la main vers ses pommes d’or, le bras de l’ange marocain, noueux et noir, perçait les feuillages, brandissant un bâton… Mais sur un mot de notre guide, le bras de bronze, un moment résorbé, reparaissait, offrant sur sa paume sombre une juteuse orange.

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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 16:13

« Sauf le respect, dit-il, je veux dire — il dressa son doigt en l’air — donne à boire. »

Et il tendit son grand verre à Jacquou.

Le vin de Jacquou était à la mesure de son maître : sec et fort. Et il commandait.

On le laissa un moment dans les verres. Le chevreau était frais et souple, et il réjouissait les bouches. On avait encore le goût franc du vin de Jourdan.

Dans un plat de terre le gros lièvre attendait. C’était un lièvre de printemps gras et fort. On le voyait bien maintenant qu’on le regardait à l’aise tout en mangeant le chevreau. Il devait peser six kilos sans la farce. Et Honoré l’avait bourré d’une farce à la mode de son pays : une cuisine un peu magique faite avec des herbes fraîches potagères et des herbes de montagnard qu’Honoré avait apportées mystérieusement dans le gousset de son gilet. Quand il les avait montrées on aurait dit des cloux de girofle ou bien de vieilles ferrailles. Elles étaient rousses, et sèches, et dures. En les touchant elles ne disaient rien. En les sentant elles ne disaient guère, juste une petite odeur, mais il est vrai, toute montagnarde. Seulement, Honoré les avait détrempées dans du vinaigre et on les avait vues se déplier et remuer comme des choses vivantes et on avait reconnu des bourgeons de térébinthe, des fleurs de solognettes, des gousses de cardamines, et puis des feuilles de plantes dont on ne savait pas le nom, même Honoré. Du moins, il le disait. Mais alors, quand il les eut hachées lui-même, et pétries, et mélangées aux épinards, aux oseilles, aux pousses vierges de cardes, avec le quart d’une gousse d’ail, une poignée de poivre, une poignée de gros sel, trois flots d’huile et plein une cuillerée à soupe d’un safran campagnard fait avec le pollen des iris sauvages, oh ! oui, alors ! Et toutes les odeurs coulaient déjà d’entre ses doigts qui pétrissaient ; et cependant c’était encore cru, et il n’avait pas ajouté le lard, mais il serra vite tout ça dans ses mains et il le fourra dans le ventre du lièvre. Il avait recousu la peau et c’était tout ça qu’il avait tourné à la broche. Et les jus étaient mélangés. C’était noir et luisant dans le plat de terre.

« Alors ce vin ? demanda Jacquou. 

—     On n’a pas bu.

—     Buvons.

—     Attends, dit Jourdan, finissons d’abord ma bouteille. Le tien, dit-il, est noir comme de la poix. Il est de la couleur du lièvre. Il s’accordera. Regarde le mien — il haussa la bonbonne à bout de bras — il est couleur de chevreau. Et il est aussi un peu chèvre. »

Il se mit à danser légèrement sur ses hanches et il fit un petit saut pour faire voir comme son vin était chèvre. C’était vrai, il avait raison, le vin de Jacquou était de la couleur du lièvre.

« Il a raison !

—     Regardez-le, dit Marthe, il est comme jeune avec son vin. Regardez-le !

—     Oui dit Mme Hélène, il est jeune. »

Jean Giono (Que ma joie demeure - extrait)


 lievrefruits.jpgGérard Rysbraeck Nature morte au lièvre et fruits devant un bas-relief

 

NB l'extrait est lu par Sylvie Giono dans l'émission On va déguster spécial Jean Giono, intitulée la Provence Gourmande, avec la participation de l'excellent Eric Sapet. A réécouter ici. Et vous retrouverez plusieurs autres extraits de Que ma joie demeure, par là...

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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 16:19

Dans la cuisine où flotte une senteur de thym,
Au retour du marché, comme un soir de butin,
S’entassent pêle-mêle avec les lourdes viandes

Les poireaux, les radis, les oignons en guirlandes,

Les grands choux violets, le rouge potiron,

La tomate vernie et le pâle citron.
Comme un grand cerf-volant la raie énorme et plate
Gît fouillée au couteau, d’une plaie écarlate.
Un lièvre au poil rougi traîne sur les pavés
Avec des yeux pareils à des raisins crevés.
D’un tas d’huîtres vidé d’un panier couvert d’algues
Monte l’odeur du large et la fraîcheur des vagues.
Les cailles, les perdreaux au doux ventre ardoisé
Laissent, du sang au bec, pendre leur cou brisé ;
C’est un étal vibrant de fruits verts, de légumes,
De nacre, d’argent clair, d’écailles et de plumes.
Un tronçon de saumon saigne et, vivant encor,
Un grand homard de bronze, acheté sur le port,
Parmi la victuaille au hasard entassée,
Agite, agonisant, une antenne cassée.

 

La cuisine - Albert Samain


filledecuisine_vanrijk.jpg

La fille de cuisine - Pieter Cornelius van Rijck

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16 novembre 2013 6 16 /11 /novembre /2013 16:28

Il avait faim ; faut lui faire à manger. Donc, tout en graissant sa poêle pour lui faire frire quelque chose, elle lui raconte comment elle a vendu son chanvre, en bavardant à la manière des femmes, mais elle ne dit rien des cochons, ni du monsieur tué, mangé, volé. Elle fait donc flamber sa poêle pour la nettoyer. Elle la retire, veut l’essuyer, mais la trouve pleine de sang.
– Qu’est-ce que tu as mis là-dedans ? dit-elle à son homme.
– Rien, qu’i’ répond.
Elle croit avoir une lubie de femme, et remet sa poile au feu...
Pouf ! une tête tombe par la cheminée.
– Vois-tu ? c’est précisément la tête du mort, dit la vieille. Comme il me regarde ! Que me veut-il donc ?
– Que tu le venges ! lui dit une voix.
– Que tu es bête ! dit le chanverrier. Te voilà bien avec tes berlues qui n’ont pas le sens commun.
Alors il prend la tête, qui lui mord le doigt, et la jette dans sa cour.
– Fais mon omelette, qu’i’ dit, et ne t’inquiète pas de ça. C’est un chat...
– Un chat ! qu’elle dit, il était rond comme une boule...
Elle remet sa poêle au feu.
Pouf ! tombe une jambe.
Même histoire. L’homme, pas plus étonné pour le pied que pour la tête, empoigne la jambe et la jette à sa porte.
Finalement, l’autre jambe, les deux bras, le corps, tout le voyageur assassiné tombe un à un. Point d’omelette. Le vieux marchand de chanvre avait bien faim.
– Par mon salut éternel, dit-il, si mon omelette se fait, nous verrons à satisfaire cet homme-là.
– Tu conviens donc maintenant que c’est un homme ? dit la bossue. Pourquoi m’as-tu dit tout à l’heure que c’était pas une tête, grand asticoteur ?
La femme casse les œufs, fricasse l’omelette, et la sert sans plus grogner, parce qu’en voyant ce grabuge elle commençait à être inquiète. Son homme s’assied et se met à manger. La bossue, qui avait peur, dit qu’elle n’a pas faim.


antoinevollon-naturemorteoeuf.jpgLes oeufs - Antoine Vollon

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 16:18

Aux dents de la crémaillère pendait le chaudron noir. La marmite sur trois pieds s’avançait dans la cendre chaude. Soufflant à grosses joues dans le tuyau d’acier, ma grand-mère rallumait les flammes endormies. Tout cuisait à la fois : les pommes de terre pour les cochons, les pommes de terre plus fines pour la famille. Pour moi, un œuf frais cuisait sous la cendre. Le feu ne se mesure pas au sablier : l’œuf était cuit quand une goutte d’eau, souvent une goutte de salive, s’évaporait sur la coquille. Je fus bien surpris quand je lus dernièrement que Denis Papin surveillait sa marmite en employant le procédé de ma grand-mère. Avant l’œuf, j’étais condamné à la panade. Un jour, enfant coléreux et pressé, je jetai à pleine louchée ma soupe aux dents de la crémaillère : « mange cramaille, mange cramaille ! » Mais les jours de ma gentillesse, on apportait le gaufrier. Il écrasait de son rectangle le feu d’épines, rouge comme le dard des glaïeuls. Et déjà la gaufre était dans mon tablier, plus chaude aux doigts qu’aux lèvres. Alors oui, je mangeais du feu, je mangeais son or, son odeur et jusqu’à son pétillement tandis que la gaufre brûlante craquait sous mes dents. Et c’est toujours ainsi, par une sorte de plaisir de luxe, comme dessert, que le feu prouve son humanité. Il ne se borne pas à cuire, il croustille. Il dore la galette. Il matérialise la fête des hommes. Aussi haut qu’on puisse remonter, la valeur gastronomique prime la valeur alimentaire et c’est dans la joie et non pas dans la peine que l’homme a trouvé son esprit. La conquête du superflu donne une excitation spirituelle plus grande que la conquête du nécessaire. L’homme est une création du désir, non pas une création du besoin.

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20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 15:18

Rue d'Enfer, lorsque Sandoz eut fait entrer les quatre autres chez lui, il disparut dans la chambre de sa mère; il y resta quelques minutes, puis revint sans dire un mot, avec le souffre discret et attendri qu'il avait toujours en en sortant. Et ce fut aussitôt, dans son étroit logis, un vacarme terrible, des fiées, des discussions, des clameurs.

Lui-même donnait l'exemple, aidait au service la femme de ménage, qui s'emportait en paroles amères, parce qu'il était sept heures et demie, et que son gigot se desséchait. Les cinq, attablés, mangeaient déjà la soupe, une soupe à l'oignon très bonne, quand un nouveau convive parut. «Oh! Gagnière!» hurla-t-on en chœur.

Gagnière, petit, vague, avec sa figure poupine et étonnée, qu'une barbe follette blondissait, demeura un instant sur le seuil à cligner ses yeux verts. Il était de Melun, fils de gros bourgeois qui venaient de lui laisser là-bas deux maisons, et il avait appris la peinture tout seul dans la forêt de Fontainebleau, il peignait des paysages consciencieux, d'intentions excellentes; mais sa vraie passion était la musique, une folie de musique, une flambée cérébrale qui le mettait de plain-pied avec les plus exaspérés de la bande.

«Est-ce que je suis de trop? demanda-t-il doucement.

—Non, non, entre donc!» cria Sandoz.

Déjà, la femme de ménage apportait un couvert.

«Si l'on ajoutait tout de suite une assiette pour Dubuche? dit Claude. Il m'a dit qu'il viendrait sans doute.» Mais on conspua Dubuche, qui fréquentait des femmes du monde. Jory raconta qu'il l'avait rencontré en voiture avec une vieille dame et sa demoiselle, dont il tenait les ombrelles sur les genoux.

«D'où sors-tu, pour être si en retard?» reprit Fagerolles, en s'adressant à Gagnière.

Celui-ci, qui allait avaler sa première cuillerée de soupe, la reposa dans son assiette.

«J'étais rue de Lancry, tu sais, où ils font de la musique de chambre... Oh! mon cher, des machines de Schumann, tu n'as pas idée! Ça vous prend là, derrière la tête, c'est comme si une femme vous soufflait dans le cou. Oui, oui, quelque chose de plus immatériel qu'un baiser, l'effleurement d'une haleine... Parole d'honneur, on se sent mourir...» Ses yeux se mouillaient, il pâlissait comme dans une jouissance trop vive.

«Mange ta soupe, dit Mahoudeau, tu nous raconteras ça après.»
L'Oeuvre - Emile Zola

La-Soupe-Th-Boulard.jpgLa soupe - Théodore Boulard

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