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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 06:29

corset.jpgLes femmes, dans un dîner prié, mangent peu : leur secret harnais les gêne, elles ont le corset de parade, elles sont en présence de femmes dont les yeux et la langue sont également redoutables. Elles aiment, non pas la bonne, mais la jolie chère : sucer des écrevisses, gober des cailles au gratin, tortiller l'aile d'un coq de bruyère, et commencer par un morceau de poisson bien frais relevé par une de ces sauces qui font la gloire de la cuisine française. La France règne par le goût en tout : le dessin, les modes, etc. La sauce est le triomphe du goût, en cuisine. Donc, grisettes, bourgeoises et duchesses sont enchantées d'un bon petit dîner arrosé de vins exquis, pris en petite quantité, terminé par des fruits comme il n'en vient qu'à Paris, surtout quand on va digérer ce petit dîner au spectacle, dans une bonne loge, en écoutant des bêtises, celles de la scène, et celles qu'on leur dit à l'oreille pour expliquer celles de la scène. Seulement l'addition du restaurant est de cent francs, la loge en coûte trente, et les voitures, la toilette (gants frais, bouquet, etc.) autant. Cette galanterie monte à un total de cent soixante francs, quelque chose comme quatre mille francs par mois, si l'on va souvent à l'Opéra-Comique, aux Italiens et au grand Opéra. Quatre mille francs par mois valent aujourd'hui deux millions de capital. Mais tout honneur conjugal vaut cela.

extrait de Philosophie de la vie conjugale - Honoré de Balzac

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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 06:59

Warinka parut très attrayante ce jour-là à Serge Ivanitch ; tout en marchant à ses côtés, il se rappela ce qu’il avait entendu dire de son passé et ce qu’il avait remarqué lui-même de bon et d’aimable en elle. Son cœur éprouvait un sentiment particulier, ressenti une seule fois, jadis, dans sa première jeunesse, et l’impression de joie causée par la présence de la jeune fille fut un instant si vive qu’en mettant dans le panier de celle-ci un champignon monstre qu’il venait de trouver, leurs yeux se rencontrèrent dans un regard trop expressif.
« Je vais chercher des champignons avec indépendance, dit-il, craignant de succomber comme un enfant à l’entraînement du moment, car je m’aperçois que mes trouvailles passent inaperçues. » – « Pourquoi résisterais-je, pensa-t-il quittant la lisière du bois pour s’enfoncer dans la forêt, où, tout en allumant son cigare, il se livra à ses réflexions ? Le sentiment que j’éprouve n’est pas de la passion, c’est une inclination naturelle, à ce qu’il me semble, et qui n’entraverait ma vie en rien. Ma seule objection sérieuse au mariage est la promesse que je me suis faite, en perdant Marie, de rester fidèle à son souvenir. » Cette objection, Serge Ivanitch le sentait bien, ne touchait qu’un rôle poétique qu’il jouait aux yeux du monde. Aucune femme, aucune jeune fille, ne répondait mieux que Warinka a tout ce qu’il cherchait dans celle qu’il épouserait. Elle avait le charme de la jeunesse sans enfantillage, l’usage du monde sans aucun désir d’y briller, une religion élevée et basée sur de sérieuses convictions. De plus, elle était pauvre, sans famille, et n’imposerait pas, comme Kitty, une nombreuse parenté à son mari. Et cette jeune fille l’aimait. Quelque modeste qu’il fût, il s’en apercevait. La différence d’âge entre eux ne serait pas un obstacle ; Warinka n’avait-elle pas dit une fois, qu’un homme de cinquante ans ne passait pour un vieillard qu’en Russie ; en France, c’était « la force de l’âge ». Or, à quarante ans, il était « un jeune homme ». Lorsqu’il entrevit la taille souple et gracieuse de Warinka entre les vieux bouleaux, son cœur se serra joyeusement, et, décidé à s’expliquer, il jeta son cigare et s’avança vers la jeune fille.
(...)
« Barbe Andrevna, dans ma jeunesse je m’étais fait un idéal de la femme que je serais heureux d’avoir pour compagne ; ma vie s’est passée jusqu’ici sans la rencontrer, vous seule réalisez mon rêve. Je vous aime et vous offre mon nom. »
champignonsCes paroles sur les lèvres, Serge Ivanitch regardait Warinka agenouillée dans l’herbe à dix pas de lui, et défendant un champignon contre les attaques de Gricha afin de le réserver aux plus petits.
« Par ici, par ici, il y en a des quantités, criait-elle de sa jolie voix bien timbrée. Elle ne se leva pas à l’approche de Kosnichef, mais tout, dans sa personne, témoignait de la joie de le revoir.
— Avez-vous trouvé quelque chose ? lui demanda-t-elle, tournant son aimable visage souriant vers lui.
— Rien du tout », répondit-il.
Après avoir indiqué les bons endroits aux enfants, elle se leva et rejoignit Serge ; ils firent silencieusement quelques pas ; Warinka, étouffée par l’émotion, se doutait de ce que Kosnichef avait sur le cœur. Tout à coup, quoiqu’elle n’eût guère envie de parler, elle rompit le silence pour dire presque involontairement :
« Si vous n’avez rien trouvé, c’est qu’il y a toujours moins de champignons dans l’intérieur du bois que sur la lisière. »
Kosnichef soupira sans répondre, cette phrase insignifiante lui déplaisait ; ils continuèrent à marcher, s’éloignant toujours plus des enfants. Le moment était propice pour une explication, et Serge Ivanitch, en voyant l’air troublé et les yeux baissés de la jeune fille, s’avoua même qu’il l’offensait en se taisant ; il s’efforça de se rappeler ses réflexions sur le mariage, mais, au lieu des paroles qu’il avait préparées, il demanda :
« Quelle différence y a-t-il entre un cèpe et un mousseron ? »
Les lèvres de Warinka tremblèrent en répondant :
« Il n’y a de différence que dans le pied. » Tous deux sentirent que c’en était fait ; les mots qui devaient les unir ne seraient pas prononcés, et l’émotion violente qui les agitait se calma peu à peu.
« Le pied du mousseron fait penser à une barbe noire mal rasée, dit tranquillement Serge Ivanitch.
— C’est vrai », répondit Warinka avec un sourire. Puis leur promenade se dirigea involontairement du côté des enfants. Warinka était confuse et blessée, mais cependant soulagée. Serge Ivanitch repassait dans son esprit ses raisonnements sur le mariage, et les trouvait faux. Il ne pouvait être infidèle au souvenir de Marie.
« Doucement, enfants, doucement », cria Levine voyant les enfants se précipiter vers Kitty avec des cris de joie.
Derrière les enfants parurent Serge Ivanitch et Warinka ; Kitty n’eut pas besoin de questionner ; elle comprit, à leur ton calme et un peu honteux, que l’espoir dont elle se berçait ne se réaliserait pas.
« Cela ne prend pas », dit-elle à son mari en rentrant.

Anna Karénine - Léon Tolstoï

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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 16:00

Cyrano de Bergerac est la plus célèbre pièce de théâtre écrite par Edmond Rostand, qui s'est inspiré d'un personnage réel pour composer sa comédie ; il met en scène un homme d'esprit et de plume mais à la figure enlaidie d'un nez grand comme "une péninsule", amoureux d'une jeune femme séduite sans le savoir par ses lettres d'amour, pensant qu'elles sont écrites par un autre... L'acte II se déroule à la rôtisserie de Ragueneau, lieu de rencontre des poètes. Dans l'extrait de la scène 2 présentée ci-dessous, Cyrano utilise la gourmandise de la "duègne" pour la faire disparaître, chargée de petits gâteaux, le laissant seul avec Roxane, la femme dont il est épris... arnaga.JPGNB Les photos dont est ponctué cet extrait proviennent de la maison Arnaga à Cambo les Bains, acquisition d'Edmond Rostand tombé sous le charme de la région basque, après s'y être fait soigner... La maison est de toute beauté, et décorée de façon excentrique, comme un décor de théâtre ; le jardin planté d'arbres et de fleurs, orné de fontaines et bassins, abritant un poulailler (du nom d'une autre de ses oeuvres, Chanteclerc) est également superbe !

CYRANO
Je tire
Ma lettre si je sens seulement qu'il y a
Le moindre espoir!...
arnaga_tunnelverdure.JPG(Roxane, masquée, suivie de la duègne, paraît derrière le vitrage. Il ouvre vivement la porte)
Entrez!...
(Marchant sur la duègne)
Vous, deux mots, duegna!

LA DUEGNE
Quatre.

CYRANO
Etes-vous gourmande?

LA DUEGNE
A m'en rendre malade.

CYRANO
(Prenant vivement des sacs de papier sur le comptoir)
Bon. Voici deux sonnets de monsieur Benserade...

LA DUEGNE
(piteuse)
Heu!...

CYRANO
...que je vous remplis de darioles.
arnaga_jardins.JPGLA DUEGNE
(changeant de figure)
Hou!

CYRANO
Aimez-vous le gâteau qu'on nomme petit chou?

LA DUEGNE
(avec dignité)
Monsieur, j'en fais état, lorsqu'il est à la crème.

hortensia.JPGCYRANO
J'en plonge six pour vous dans le sein d'un poème
De Saint-Amant! Et dans ces vers de Chapelain
Je dépose un fragment, moins lourd, de poupelin.
--Ah! Vous aimez les gâteaux frais?

LA DUEGNE
J'en suis férue!

CYRANO
(lui chargeant les bras de sacs remplis)
Veuillez aller manger tous ceux-ci dans la rue.

LA DUEGNE
Mais...

CYRANO
(la poussant dehors)
Et ne revenez qu'après avoir fini!

Il referme la porte, redescend vers Roxane, et s'arrête, découvert, à une distance respectueuse. arnaga_fontaine.JPG

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6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 07:07

Et les paroles...

Quand je rentre à la maison,
Elle me dit souvent
Que j'ai une tête d'enterrement
Et elle a raison !
Je travaille au cimetière,
C'est inconstetable,
Je laisse ma tête au vestiare
Et je me mets à table.
Faut pas se laisser abattre,
J'ai une faim de loup,
Moi je mange comme quatre
Et je bois comme un trou
Puis je retourne au cimetière
Travailler d'mon mieux,
Digérer mon pot de bière
Et mon croque-monsieur.

Pendant l'oraison du prêtre
J'ai un petit creux,
Moi je pense à ma côtelette,
À mon pot-au-feu.
Aux premières couronnes de fleurs,
J'ai déjà la dent,
C'est mon estomac qui pleure
À chaque enterrement.

Comme un côté du cimetière
Est inhabité,
J'ai planté des pommes de terre
Dans l'intimité.
Et dans ma jaquette noire,
Entre deux services,
Je donne un coup d'arrosoir
Et je cours à l'office.
Je gratte, je bine et je bêche,
Quelle heureuse surprise
Quand je trouve un ver pour la pêche,
Je range ma prise
Dans une boîte en fer blanc.
Le temps est superbe,
Voilà un coin épatant
Pour déjeuner sur l'herbe.

À présent qu'a sonné l'heure
L'heure du goupillon,
Je pense à mes pommes vapeur,
À mon court-bouillon.
Et quand tombent les premières gouttes
Sur mon haut-de-forme,
C'est mon ventre qui glougloute,
Mon ventre qui grogne.

Parfois je croque un oignon,
Parfois une gousse d'ail,
Parfois même un champignon
C'est une victuaille,
Il faut faire avec,
Ce n'est pas copieux
Car ces oraisons du prêtre
On en voit pas la queue.
Le vent chasse les nuages,
C'est providentiel,
Un grand disque de fromage
Tourne dans le ciel.
La faim me monte à la tête,
J'avale mon chapeau,
Un bouton de ma jaquette
Et un pauvre mulot.

Je n'me sens pas dans mon assiette,
Je vais rendre l'âme,
Quand je pense à mes paupiettes,
À mon croque-madame.
Ca fait trop longtemps qu'ça dure,
Je m'allonge un peu
Sur le tapis de verdure
Et je ferme les yeux

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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 15:02

"Gueule d'amour" (film de Jean Grémillon de 1937) alias Jean Gabin et le homard chez le Père Caillou, ou l'art de manger du homard à l'oeil...
Le père Caillou : "Je sers le homard"
- Hum, ça sent bon.
- Oh oui !
- Vous m'en direz des nouvelles de celui-là.
(..)
- Vas-y attaque
Gueule d'amour : "dis donc à ton avis toubib, manger du homard par cette chaleur, c'est pas dangereux ?"
- Ah, je ne m'y risquerais pas.
- Ah ben tu vois, c'est toujours les civils qui sont les plus courageux.
- Oui
L'autre inquiet : "qu'est-ce qu'ils disent ?"
- Oh, des plaisanteries de militaires, faites pas attention..
- Il sent drôlement.
Le père Caillou, outré : "il sent drôlement ce homard ? Allons ! Je l'ai coupé vivant Monsieur ! Et brûlé dans la Fine ! Il sent drôlement ?
Gueule d'amour : "tu te rappelles la dernière fois ce qu'on s'est gratté ?"
- Oh, dites, Messieurs, vous venez prendre ici deux quarts Vichy et vous vous permettez !
- On n'a plus le droit d'évoquer de souvenirs maintenant ?
- Oui mais prétendre que ce homard n'est pas mort ?
- Il sent la fécule...
- Il sent la.. ?
gueuled'amourLe Père Caillou approche son plat :
- Dites-le voir, vous, qu'il sent la fécule, une sauce liée à la crème, dites Monsieur. Tenez sentez moi ça, mettez y le nez. Et alors, vous avez le nez bouché ?
- L'odeur n'est pas mauvaise mais le goût ?
- Ca alors,je ne permets pas qu'on doute de ma cuisine ? Vous allez me le goûter. Félix !
- Mais non, on n'a pas faim.
- Rien qu'un morceau. Félix !
- Mais non, on n'a pas faim
- Rien qu'un morceau. Félix, deux assiettes !
- Non et puis si c'est pour avoir la gueule en feu, c'est pas la peine...
- Une bouteille de Pouilly et deux verres. Celle-là alors elle est forte. Je prends tout le monde à témoin ! Et si ces Messieurs sont honnêtes, ils reconnaîtront leur erreur. Une bouteille de Pouilly et deux verres
- Ah, c'ets bien vraiment pour vous faire plaisir, vous savez.
- Rien que des morceaux de choix. Ah,mon homard il est mauvais ? Je vous en flanquerez à vous faire péter la sous-ventrière* Mon homard il est mauvais ? A celle-là alors elle est forte...

*pas sûre d'avoir bien compris...
Vous pouvez réécouter cette scène vers la 9ème minute :

 


GUEUDAMO1 par C-buyspeedoo

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 15:13

C'est par la bouche du personnage de Pepa joué par Carmen Maura, que Pedro Almodovar nous donne la recette du gazpacho andalou (plein de somnifères !) dans le film Femmes au bord de la crise de nerf (Mujeres al borde de un ataque de nervios) : tomate, poivron, concombre, oignon, ail, sel, vinaigre, huile pain "dur" (rassis) et eau.


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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 06:55

(...) Or, cette brioche fut bientôt, pour l'Académie, un sujet d'observation des plus curieuses. Mme Anserre ne la découpait jamais elle-même. Ce rôle revenait toujours à l'un ou à l'autre des illustres invités. Cette fonction particulière, spécialement honorable et recherchée, durait plus ou moins longtemps pour chacun : tantôt trois mois, rarement plus ; et l'on remarqua que le privilège de "découper la brioche" semblait entraîner avec lui une foule d'autres supériorités, une sorte de royauté ou plutôt de vice-royauté très accentuée.
Le découpeur régnant avait le verbe plus haut, un ton de commandement marqué ; et toutes les faveurs de la maîtresse de maison étaient pour lui, toutes.
On appelait ces heureux dans l'intimité, à mi-voix, derrière les portes, les "favoris de la brioche", et chaque changement de favori amenait dans l'Académie une sorte de révolution. Le couteau était un sceptre, la pâtisserie un emblème ; on félicitait les élus. Les laboureurs jamais ne découpaient la brioche. Monsieur lui-même était toujours exclu, bien qu'il en mangeât sa part.
La brioche fut successivement taillée par des poètes, par des peintres et des romanciers. Un grand musicien mesura les portions pendant quelque temps, un ambassadeur lui succéda. Quelquefois un homme moins connu, mais élégant et recherché, un de ceux qu'on appelle, suivant les époques, vrai gentleman, ou parfait cavalier, ou dandy, ou autrement, s'assit à son tour devant le gâteau symbolique. Chacun d'eux, pendant son règne éphémère, témoignait à l'époux une considération plus grande ; puis quand l'heure de sa chute était venue, il passait à un autre le couteau et se mêlait de nouveau dans la foule des suivants et admirateurs de la "belle Madame Anserre".
Le Gâteau, Guy de Maupassant (extrait)

manet_brioche.jpg

Nature morte à la brioche et aux citrons - Edouard Manet

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8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 16:26

C’est facile, d’écosser les petits pois. Une pression du pouce sur la fente de la gousse et elle s’ouvre, docile, offerte. Quelques-unes, moins mûres, sont plus réticentes - une incision de l’ongle de l’index permet alors de déchirer le vert, et de sentir la mouillure et la chair dense, juste sous la peau faussement parcheminée. Après, on fait glisser les boules d’un seul doigt. La dernière est si minuscule... L’écossage des petits pois n’est pas conçu pour expliquer, mais pour suivre le cours, à léger contretemps. Il y en aurait pour cinq minutes mais c’est bien de prolonger, d’alentir le matin, gousse à gousse, manches retroussées. On passe les mains dans les boules écossées qui remplissent le saladier. C’est doux ; toutes ces rondeurs contiguës font comme une eau vert tendre, et l’on s’étonne de ne pas avoir les mains mouillées. Un long silence de bien-être clair, et puis il y aura juste le pain à aller chercher.
Philippe Delerm (La première gorgée de bière)

pissarro_rameurspois.jpg

Camille Pïssaro - Les Rameurs de pois

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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 06:58

maupassant_rosierdemmehusson.jpg"Tu es donc gourmand ?
- Parbleu! Il n’y a que les imbéciles qui ne soient pas gourmands. On est gourmand comme on est artiste, comme on est instruit, comme on est poète. Le goût, mon cher, c’est un organe délicat, perfectible et respectable comme l’oeil et l’oreille. Manquer de goût, c’est être privé d’une faculté exquise, de la faculté de discerner la qualité des aliments, comme on peut être privé de celle de discerner les qualités d’un livre ou d’une oeuvre d’art ; c’est être privé d’un sens essentiel, d’une partie de la supériorité humaine ; c’est appartenir à une des innombrables classes d’infirmes, de disgracités et de sots dont se compose notre race ; c’est avoir la bouche bête, en un mot, comme on a l’esprit bête. Un homme qui ne distingue pas une langouste d’un homard, un hareng, cet admirable poisson qui porte en lui toutes les saveurs, tous les arômes de la mer, d’un maquereau ou d’un merlan, et une poire crassane d’une duchesse, est comparable à celui qui confondrait Balzac avec Eugène Sue, une symphonie de Beethoven avec une marche militaire d’un chef de musique de régiment et l'Apollon du Bélvédère avec une statue du général de Blanmont !

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 16:38

Et les violettes elles-mêmes, écloses par magie dans l'herbe, cette nuit, les reconnais-tu ? Tu te penches, et comme moi tu t'étonnes;-ne sont-elles pas, ce printemps-ci, plus bleues ? Plus mauves... non plus bleues (...) Cesse cette taquinerie ! Porte plutôt à tes narines le parfum invariable de ces violettes changeantes et regarde, en respirant le philtre qui abolit les années, regarde comme moi ressusciter et grandir devant toi les printemps de ton enfance !... Plus mauves... non plus bleues... Je revois des prés, des bois profonds que la première poussée des bourgeons embrume d'un vert insaisissable... Violettes à courte tige... et violettes d'un blanc bleu veiné de nacre mauve, - violettes de coucou anémiques, qui haussent sur de longues tiges leurs pâle corolles inodores... Violettes de février, fleuries sous la neige, déchiquetées, roussies de gel, laideronnes, pauvresses parfumées... O violettes de mon enfance ! Vous montez devant moi, toutes, vous treillagez le ciel laiteux d'avril, et la palpitation de vos petits visages innombrables m'enivre... 

violette

 

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