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Ode à l'ail - Méry (Eugène de Mirecourt)

Je le sais, l’ail, enfant des Bastides voisines,
N’est pas en bonne odeur dans vos fades cuisines,
Même au Palais-Royal, tout encadré d’arceaux,
Jamais l’ail n’embauma de ses gousses chéries
Dans leur beau restaurant, ouvert aux galeries,
La trinité des Provençaux.

Vous ne savez donc pas que cette plante est bonne
Entre toutes ? Tissot, professeur en Sorbonne,
Ne vous a pas vanté cet admirable don,
Lorsque, des vieux Romains disant la grande chère,
Bucoliques aux doigts, il vous explique en chaire
Les vers du Pastor Corydon ?

Virgile, homme de goût, a vanté son arôme
Dans des vers applaudis par les dames de Rome ;
Et, quand il allait voir Auguste au Palatin,
Tythyllis apprêtait l’ail, en gardant ses chèvres,
Et le poëte, en cour, exhalait de ses lèvres
Le vrai parfum du vers latin.

Tout ce qui porte un nom dans les livres antiques,
Depuis David, ce roi qui faisait des cantiques,
Jusqu’à Napoléon, l’empereur du Midi,
Tout a dévoré l’ail, cette plante magique
Qui met la flamme au cœur du héros léthargique,
Quand le froid le tient engourdi.

Et toi, cher Constantin, dont l’amitié m’excite,
Si je t’écris ici ces quelques vers si vite,
C’est que l’ail dans Marseille a mis son grand bazar,
Que je viens d’en manger pour écrire un volume,
Et qu’au lieu d’encre enfin j’avais pris pour ma plume
L’ail de Virgile et de César. 

Méry (Eugène de Mirecourt) 

Nature morte au cabas et à l'ail d'Edouard Manet
EdouardManet_naturemorte_cabas_ail.jpg 

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